Raden Ayu Kartini
Kartini était une féministe indonésienne, née dans une famille noble à la fin du XIXe siècle et morte en 1904 à l’âge de 25 ans. À cette époque, le pays était sous le contrôle des Pays-Bas. Le père de Kartini était bupati, c’est-à-dire qu’il administrait un district, celui de Jepara à Java. Le rôle de bupati n’a pas été créé par la colonisation, il lui est antérieur, et était réservé à la noblesse. Du temps de Kartini, le gouvernement colonial commençait tout juste à nommer des hommes instruits n’étant pas issue de l’aristocratie, mais cela restait exceptionnel.
Raden Ayu Kartini
Kartini était une féministe indonésienne, née dans une famille noble à la fin du XIXe siècle et morte en 1904 à l’âge de 25 ans. À cette époque, le pays était sous le contrôle des Pays-Bas. Le père de Kartini était bupati, c’est-à-dire qu’il administrait un district, celui de Jepara à Java. Le rôle de bupati n’a pas été créé par la colonisation, il lui est antérieur, et était réservé à la noblesse. Du temps de Kartini, le gouvernement colonial commençait tout juste à nommer des hommes instruits n’étant pas issue de l’aristocratie, mais cela restait exceptionnel.
Extrait traduit d’une lettre de Kartini.
Le père de Kartini était assez progressiste pour son époque et a envoyé ses filles à l’école à l’âge de 6 ans. L’école n’accueillaient pas d’autres filles javanaises et les cours se faisait en néerlandais. D’abord mal accueillie, Kartini finit par être bien acceptée en raison de son intelligence manifeste. De plus, la petite fille aime l’école, adore apprendre, et elle se lie d’amitié avec des enfants néerlandaises. Malheureusement pour elle, elle est retirée de l’école à 12 ans, le seuil de l’adolescence, pour vivre recluse dans la maison familiale jusqu’à son mariage. C’était alors la coutume chez les familles nobles musulmanes à Java.
Kartini n’accepte pas son sort ; elle a du tempérament et refuse d’être mariée. Ce qu’elle veut, c’est un métier qui lui permette d’être utile et autonome. Elle continue d’apprendre en autodidacte, en compagnie de ses deux jeunes sœurs, Kardinah et Roekmini, grâce aux livres et à ses rencontres et correspondances. Elle rêve de partir étudier aux Pays-Bas, mais décide de continuer ses études dans son pays. Car la jeune féministe veut que toutes les femmes d’Indonésie soient émancipées de la tutelle masculine ; pour cela, il leur faut d’abord accéder à l’éducation. Il faut une pionnière et Kartini se sent de taille.
Extrait traduit d’une lettre de Kartini
Faire le portrait de Kartini, c’est faire le portrait d’une époque : ce début de siècle est porteur de nombreux bouleversements. La colonisation européenne est bien ancrée, le processus de mondialisation en cours, les idées voyagent à toutes vitesses. La jeune femme lit et parle couramment le néerlandais : l’Europe l’inspire, sa modernité, son féminisme, ses sciences. Elle n’en perd pas pour autant tout esprit critique. Si elle considère son peuple comme moins « civilisé », elle dénonce avec lucidité le racisme des Européens, constate leur sexisme, l’orientalisme qui teinte leur vision, et veut conserver le meilleur de sa culture qu’elle ne rejette aucunement.
On dit souvent que nous sommes plus européens que javanais. Triste pensée ! Nous savons que nous sommes imprégnés d’idées et de sentiments européens – mais le sang javanais qui coule dans nos veines ne peut jamais mourir. Nous le sentons dans l’odeur de l’encens, dans les sonorités du gamelan, dans le martèlement des haddi-blokken au moment de la récolte du riz. »
Extrait traduit d’une lettre de Kartini.
En dehors de la nécessité de l’accès à l’éducation et l’autonomie économique, Kartini critique sans équivoque la religion et ses effets négatifs. Elle veut desserrer l’emprise de l’Islam, religion dominante, sur les mœurs et coutume de son pays. Elle critique férocement la réclusion des filles, les mariages arrangées, la polygynie (*le fait d’avoir plusieurs épouses en même temps) et la soumission des femmes à leur époux. Sa mère n’était elle-même pas la première épouse de son père et elle rapporte nombre de récits de femmes, démontrant la nocivité du système marital indonésien.
Extrait traduit d’une lettre de Kartini.
Kartini finit par accepter de devenir la quatrième épouse d’un homme de 2 fois son âge, mais prêt à la soutenir dans ses projets. Elle ouvrit une école pour filles où elle-même enseignait. En 1903, elle écrivit un rapport à destination du gouvernement, insistant sur l’importance d’une éducation de qualité pour les Javanais·es et formulant des recommandations. Hélas, elle mourut l’année suivante, après avoir donné naissance à un fils. Son exemple fut une source d’inspiration et d’autres femmes indonésiennes ouvrirent des écoles à son nom. C’est grâce à ces femmes que Kartini est passée à la postérité en Indonésie.
Si la pensée de Kartini nous est connue, c’est en partie du fait que ses lettres furent publiées aux Pays-Bas, sept ans après sa mort, dans une version expurgée intitulée Des ténèbres à la lumière. La traduction anglaise maltraite encore plus sa correspondance, retirant les lettres où elle expose sa pensée politique. Le livre, Letters of a Javanese Princess, la dépeint comme une princesse orientale tout droit sortie d’un récit romantique. Il faudra attendre 2014 pour que soit éditée une traduction fidèle de ses écrits, Kartini : The Complete Writings 1898 – 1904, qui n’a toujours pas été traduit en français.