Chizuko Ueno
Ueno Chizuko, sociologue et féministe japonaise, a fêté ses 75 ans ce 12 juillet 2024. Professeure émérite, elle est considérée comme une figure essentielle du féminisme et des « études de genre » japonaises, et préside également l’ONG Women’s Action Network.
Bien que reconnue internationalement, notamment en Corée du Sud et dans les milieux académiques anglophones, un seul de ses ouvrages a été traduit en français à ce jour, Une idéologie pour survivre.
Chizuko Ueno
Ueno Chizuko, sociologue et féministe japonaise, a fêté ses 75 ans ce 12 juillet 2024. Professeure émérite, elle est considérée comme une figure essentielle du féminisme et des « études de genre » japonaises, et préside également l’ONG Women’s Action Network.
Bien que reconnue internationalement, notamment en Corée du Sud et dans les milieux académiques anglophones, un seul de ses ouvrages a été traduit en français à ce jour, Une idéologie pour survivre.
Elle est principalement connue pour ses essais sur les violences sexuelles et la sexualité. Pourtant les thèmes qu’elle a abordés dans ces écrits sont variés : culture, littérature, sexualité, l’oppression des Palestien·nes par Israël, le travail invisible des femmes et leur censure dans l’espace public… Ces livres posent des questions essentielles aujourd’hui encore : pourquoi certaines femmes sont antiféministes ? quelle place pour les hommes dans notre lutte ? et surtout comment résister ?
Une idéologie pour survivre, 2021.
Ueno pose l’équation suivante : « culture masculine = culture guerrière = culture du viol ». En établissant des liens entre la violence masculine exercée dans la sphère publique et la violence masculine exercée dans la sphère domestique, elle nous rappelle que le privé est politique. Elle qualifie la sphère domestique de « zone de non-droit », où la violence masculine peut s’exercer librement sur les plus vulnérables (les femmes, les enfants, les personnes âgées) au nom d’un principe de non-ingérence des pouvoirs publics dans le lieu de pouvoir du chef de famille.
Une idéologie pour survivre, 2021.
Ueno s’interroge sur la participation des femmes aux violences contestataires et révolutionnaires, sur le recours à la violence défensive, et sur la légitimité même de ces violences : existe-t-il une violence juste ? Elle prend nettement position contre toute forme de violence, qu’elle considère comme une attitude vengeresse typiquement masculine, relevant du culte du sacrifice, et inopérante pour les femmes. Selon elle, la violence ne pourra jamais être légitimée par un objectif juste, parce qu’elle-même opprime, détruit et se substitue à la pensée. À la violence défensive, elle propose une alternative : celle de la fuite, de l’exil.
Une idéologie pour survivre, 2021.
Les analyses et prises de position de Chizuko Ueno ont cette qualité essentielle : elles donnent matière à penser. Ainsi, si le refus de la violence apparaît comme une position radicale, en cela qu’elle remet en question l’une des racines de l’oppression sexiste, prend-elle suffisamment en compte les urgences et les contraintes qu’impose la réalité ? Prôner la fuite et l’exil comme alternative à la violence défensive, est-ce une réponse satisfaisante et réaliste ? Suggère-t-elle que les femmes pourraient trouver un refuge où elles ne seraient plus exposées à la violence, ou qu’il leur revient de construire un monde sans rapports d’oppression ?
Outre la question de la violence, centrale dans Une idéologie pour survivre, Ueno s’est intéressée à des sujets variés : liens entre capitalisme et féminisme (Shihonsei to kaji rōdō – Capitalism and Domestic Labour), conditions professionnelle et domestique des femmes (Shufu ronsõ wo yomu – Reading the Housewife Debates), aliénation et sexualisation des femmes induites par la publicité et les médias (Sekushi gyaru no daikenkyuu – The Study of the ‘Sexy Girl’). Autant d’ouvrages que nous aimerions voir un jour traduits en français, afin de nourrir notre compréhension de l’ordre patriarcal du monde et notre pensée sur les luttes de libération collectives.
*Choix de traduction, ou propres mots de l’autrice, on peut regretter l’emploi de la notion « d’ordre genré » du monde, là où celle « d’ordre sexiste » serait plus approprié.