Mémoriels, musées nationaux, statues, hommages : nous connaissons tou·te·s des espaces et des moments dédiés à la commémoration d’événements tragiques qui ont traversé l’Histoire humaine. Toutes les violences, de l’esclavage à la Shoah, semblent avoir abouti à la création d’espaces de mémoire, pour honorer le souvenir des victimes. Une oppression, toujours à peine devinée, dans l’ombre, semble cependant faire exception : le patriarcat. Le patriarcat, celui-là même qui a causé la mort physique et psychique de centaines de millions de femmes à travers l’Histoire, qui a plongé nombre de nos sœurs dans les plus lourds traumatismes. Le patriarcat qui, encore aujourd’hui, réduit les femmes à la prostitution, à l’esclavage sexuel, et a été responsable de 103 féminicides par compagnon ou par ex en 2023, en France1. Les femmes n’ont pas d’espace pour garder le souvenir de leurs sœurs tuées. Pourquoi cette absence ? Quelles en sont les conséquences ?
« En voyage le natif s’aperçoit avec scandale qu’il y a dans les pays voisins des natifs qui le regardent à son tour comme étranger ; entre villages, clans, nations, classes, il y a des guerres, des potlatchs, des marchés, des traités, des luttes qui ôtent à l’idée de l’Autre son sens absolu et en découvrent la relativité ; bon gré, mal gré, individus et groupes sont bien obligés de reconnaître la réciprocité de leur rapport. […] Souvent aussi les deux groupes en présence ont d’abord été indépendants : ils s’ignoraient autrefois, ou chacun admettait l’autonomie de l’autre ; et c’est un événement historique qui a subordonné le plus faible au plus fort : la diaspora juive, l’introduction de l’esclavage en Amérique, les conquêtes coloniales sont des faits datés. Dans ces cas, pour les opprimés il y a eu un avant : ils ont en commun un passé, une tradition, parfois une religion, une culture. En ce sens, le rapprochement établi par Bebel entre les femmes et le prolétariat serait le mieux fondé : les prolétaires non plus ne sont pas en infériorité numérique et ils n’ont jamais constitué une collectivité séparée. Cependant, à défaut d’un événement, c’est un développement historique qui explique leur existence en tant que classe et qui rend compte de la distribution de ces individus dans cette classe. Il n’y a pas toujours eu des prolétaires : il y a toujours eu des femmes, elles sont femmes par leur structure physiologique ; aussi loin que l’histoire remonte ; elles ont toujours été subordonnées à l’homme : leur dépendance n’est pas la conséquence d’un événement ou d’un devenir, elle n’est pas arrivée. C’est en partie parce qu’elle échappe au caractère accidentel du fait historique que l’altérité apparaît ici comme un absolu. […] Les femmes – sauf en certains congrès qui restent des manifestations abstraites – ne disent pas « nous » ; les hommes disent « les femmes » et elles reprennent ces mots pour se désigner elles-mêmes ; mais elles ne se posent pas authentiquement comme Sujet. »Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir
Qu’est-ce qu’un « peuple » ? En défense d’un peuple des femmes
Elles n’ont pas de passé, d’histoire, de religion qui leur soit propre ; et elles n’ont pas comme les prolétaires une solidarité de travail et d’intérêts.Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir
Les lieux de mémoire : une nécessité pour conscientiser les femmes en tant que communauté
Assia
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